Bleu Nuit Hôtel

Spectacle · Compagnie AGP

Bleu Nuit Hôtel

Création 2018 — Compagnie AGP
Texte : Gaspard Pargui
Mise en scène : Guillaume Prin
Scénographie : Guy Tornay
Avec : Evan Métral, Patric Reves, Chloë Lombard, Amélie Chérubin-Soulières, Joël Hefti et Alonso Leal
Avec la participation musicale d’Emilie Zoé
Création à Nuithonie, Villars-sur-Glâne

Le décor de Bleu Nuit Hôtel
Photo : Peter Greenfield

Une nuit, des êtres en fuite

Le Bleu Nuit Hôtel est un motel sans charme, quelque part en périphérie d’une ville.

On y vient pour une nuit. Certains y restent.

Léo, pianiste virtuose qui ne supporte plus les salles de concert, s’y est échoué. Thomas semble s’être retiré du monde. Autour d’eux gravitent quelques êtres qui partagent le même espace sans véritablement parvenir à se rencontrer.

Puis, au milieu d’une nuit d’orage, Alice pousse la porte de l’hôtel. Elle est en fuite et transporte avec elle de l’argent volé à des mafieux.

Son arrivée fait brutalement entrer le monde extérieur dans ce refuge fragile. Les silences se fissurent. Les personnages sont contraints de sortir de leur inertie, de se regarder et, peut-être, de choisir ce qu’ils veulent encore faire de leur vie.

Sous les apparences du polar, Bleu Nuit Hôtel raconte avant tout l’errance, la solitude et notre difficulté à entrer véritablement en relation avec les autres.

Un spectacle qui a attendu près de dix ans

Les premières traces de Bleu Nuit Hôtel remontent aux ateliers de recherche menés par la Compagnie AGP à Bruxelles au milieu des années 2000.

Le projet reste ensuite longtemps dans les tiroirs. Il évolue, se transforme, puis revient plusieurs années plus tard. Un nouveau travail de plateau réunit auteur, metteur en scène et comédiens et permet à Gaspard Pargui de reprendre l’écriture à partir des corps, des situations et des silences.

Le texte qui en résulte est volontairement dépouillé.

Les didascalies deviennent presque aussi importantes que les paroles. Les personnages parlent peu. Ce qu’ils ne disent pas devient parfois plus important que ce qu’ils disent.

Un regard. Une cigarette. Un verre posé sur une table. Quelqu’un qui entre. Quelqu’un qui ne répond pas.

L’histoire se raconte aussi dans les vides.

La solitude comme nouvelle misère

Derrière l’affaire de gangsters se trouve une question beaucoup plus intime.

Comment peut-on vivre entouré de gens et pourtant demeurer profondément seul ?

Gaspard Pargui décrit des personnages partageant le même lieu sans parvenir à créer de véritable lien. Le mutisme, les non-dits et les malentendus deviennent les signes d’une forme d’isolement contemporain.

Lors de la création, Guillaume Prin résume cette idée dans La Liberté :

« Au quotidien, on n’a pas besoin de ses voisins, mais quand ça va mal, on est seul. La solitude, c’est la pauvreté de nos sociétés riches. »

Le Bleu Nuit Hôtel devient ainsi un refuge paradoxal. On y vient pour échapper au monde, mais l’arrivée d’Alice rappelle qu’on ne peut pas indéfiniment disparaître.

À un moment ou à un autre, il faut ressortir.

Un personnage devant la chambre 17 dans Bleu Nuit Hôtel
Photo : Peter Greenfield

Du cinéma sur un plateau

Bleu Nuit Hôtel est pensé dès l’écriture comme un objet à la frontière du théâtre et du cinéma.

Gaspard Pargui revendique notamment l’influence de Jim Jarmusch, en particulier Stranger Than Paradise et Down by Law : des personnages opaques, peu d’explications, des dialogues réduits et une histoire qui avance autant par les situations que par les mots.

Pour Guillaume Prin, l’enjeu consiste à transposer cette écriture au théâtre sans tenter d’imiter le cinéma.

Plutôt que tout raconter, il faut suggérer.

La lumière peut cadrer un détail. Un déplacement peut déplacer le regard du public. La proximité des spectateurs permet aux acteurs de jouer sans amplification du geste ni de la voix.

Comme il l’explique alors dans La Liberté :

« Ce que j’aime, dans la narration au cinéma, c’est que l’on n’a pas besoin de tout dire par le texte. C’est une narration de l’image. »

Le théâtre ne possède pas de gros plan. Mais on peut rapprocher le public suffisamment pour qu’un silence, un sourire ou un mouvement presque imperceptible deviennent lisibles.

Jarmusch, Hopper et le film noir

L’univers visuel du spectacle emprunte également à l’imaginaire du film noir américain.

Un motel. Une nuit. Une télévision allumée. Une lumière filtrée par les fenêtres. Un téléphone par lequel le monde extérieur continue de menacer ceux qui pensaient pouvoir lui échapper.

La scénographie de Guy Tornay puise notamment dans l’univers pictural d’Edward Hopper : des espaces réalistes, presque familiers, mais dans lesquels les personnages semblent irrémédiablement séparés les uns des autres.

Lors de la première, La Liberté relève une « ambiance anxiogène rampante, travaillée dans les moindres détails » et souligne les influences de Jarmusch ainsi que le travail visuel inspiré de Hopper.

Le quotidien devient légèrement étrange.

Et c’est précisément dans ce décalage que s’installe le polar.

La musique quand les mots ne suffisent plus

Dans cet univers où les personnages parlent peu, la musique occupe naturellement une place centrale.

Léo est pianiste. Bach traverse le spectacle et crée un temps suspendu, presque extérieur à celui de l’intrigue.

Puis l’univers musical bascule.

La guitariste et chanteuse Emilie Zoé apparaît sur scène avec un rock beaucoup plus brut, faisant éclater pendant quelques instants le silence qui enfermait jusque-là les personnages.

La musique ne vient donc pas simplement accompagner le spectacle. Elle prend en charge ce que les personnages sont incapables de formuler.

La Liberté souligne cette dimension et décrit la présence d’Emilie Zoé comme apportant « un désespoir organique » à l’une des rares scènes de véritable partage entre les protagonistes.

Deux personnages de Bleu Nuit Hôtel
Photo : Peter Greenfield

Un polar intimiste

Lors de sa création à Nuithonie en janvier 2018, Bleu Nuit Hôtel assume pleinement son sous-titre : polar intimiste.

Le suspense et l’histoire criminelle restent présents, mais ils servent surtout à mettre les personnages sous pression. L’arrivée d’Alice agit comme un révélateur : derrière les attitudes, les habitudes et les silences apparaissent peu à peu leurs fêlures.

Dans sa critique de la première, La Liberté salue une distribution qui « sonne toujours juste » et estime que Guillaume Prin parvient à créer une « ambition immersive digne d’un film noir », tout en relevant quelques longueurs dans le rythme du spectacle.

Cette lenteur fait pourtant partie du pari de la création : laisser suffisamment de place aux silences pour que le spectateur puisse regarder les êtres avant qu’ils ne commencent à s’expliquer.

Une étape dans la recherche de la Compagnie AGP

Avec Bleu Nuit Hôtel, une recherche présente dès les premières créations de la Compagnie AGP prend une nouvelle forme.

Un Clochard Philosophique interrogeait déjà la solitude et notre rapport aux autres. La Quatrième Chance cherchait l’humain derrière les convictions politiques. DésirS et Le Salon des Confidences faisaient entrer témoignages, corps et réel dans l’écriture théâtrale.

Ici, la parole se retire.

Ce sont désormais les corps, les images, les lumières, la musique et surtout les silences qui racontent.

Et derrière l’intrigue criminelle demeure finalement une question très simple :

qu’est-ce qui peut encore nous arracher à notre solitude ?

« La solitude, c’est la pauvreté de nos sociétés riches. »

Presse : Elisabeth Haas, La Liberté, « Dans la solitude d’un motel américain », 4 janvier 2018 ; Maeva Pleines, La Liberté, « Bleu Nuit Hôtel comme un film noir », 12 janvier 2018.

Sources de vérification : dossier de création de Bleu Nuit Hôtel et articles de La Liberté.

Presse · télévision · radio

Dans les médias

Presse écrite

La Liberté

Bleu Nuit Hôtel comme un film noir

Maeva — nom complet illisible · 12 janvier 2018

Lire l’article ↗

Presse écrite

La Liberté

Présentation de Bleu Nuit Hôtel

Elisabeth Haas · janvier 2018

Lire l’article ↗

Voir toute la presse et les médias →

Affiche

L’affiche du spectacle

Affiche de Bleu Nuit Hôtel

Court-métrage · 30 minutes

Bleu Nuit Hôtel — le court-métrage