Mémoires du canton de Fribourg
Écoute Voir Técolle !

Si les gens ne viennent plus au théâtre…
2020
Les théâtres ferment. Les rencontres deviennent difficiles. Les liens sociaux se distendent.
Pour la Compagnie AGP, une question apparaît : à quoi sert encore le théâtre lorsque les lieux qui l’accueillent ne peuvent plus ouvrir leurs portes ?
La réponse tient en une phrase :
Si les gens ne peuvent plus aller au théâtre, le théâtre viendra à eux.
Mais il ne s’agit bientôt plus seulement de déplacer une scène. Il faut aller vers les gens, s’arrêter dans les villages, prendre le temps de les rencontrer et les écouter.
Ainsi naît Écoute Voir Técolle ! — Mémoires du canton de Fribourg.
Un projet itinérant pour recueillir les histoires des habitantes et habitants du canton, les transformer en matière théâtrale et les faire voyager à leur tour.
Écouter avant de raconter
Le principe est simple.
La compagnie s’installe plusieurs semaines dans une commune. À bord d’un petit camion aménagé en salon, les habitants sont invités à venir raconter un épisode de leur vie.
Une enfance. Un métier. Une rencontre. Une injustice. Une fête. Une école. Une famille. Une anecdote parfois minuscule qui, soudain, raconte toute une époque.
Ces témoignages sont enregistrés, retranscrits, travaillés puis transformés en récits.
Le théâtre naît donc ici d’un geste qui le précède : écouter.
La première traversée du canton passe notamment par Épagny, Hauterive, Rue et Villars-sur-Glâne, avant de rejoindre Nuithonie. Le projet, conçu initialement avec Anastasia Fraysse, évolue au fil des rencontres et devient progressivement une forme portée sur scène par Guillaume Prin, accompagné notamment au piano par Martino Toscanelli.
Quand les petites histoires rencontrent la grande
Très vite, quelque chose apparaît.
Les récits sont singuliers, mais ils se répondent.
Une enfance dans la campagne gruérienne raconte aussi la pauvreté d’un canton rural. Les souvenirs d’école parlent de la place de l’Église, de l’éducation des filles et des garçons, de l’autorité. Une anecdote familiale rejoint les transformations sociales de toute une région.
Pour comprendre ce qui se joue derrière ces témoignages, Guillaume Prin rencontre notamment l’historien Francis Python.
L’objectif n’est plus seulement de raconter des souvenirs, mais de comprendre comment l’Histoire traverse les histoires individuelles.
Dans La Liberté, Elisabeth Haas relève précisément cette articulation entre récits de vie et histoire fribourgeoise : les témoignages parlent d’une époque marquée par la précarité, le poids de l’Église, le monde d’avant la télévision, l’autoroute ou Vatican II.
Des fragments intimes deviennent peu à peu une mémoire collective.

Pas de nostalgie
Écoute Voir Técolle ! ne cherche pourtant pas à célébrer un « bon vieux temps ».
Il y avait les premières voitures, les trottinettes de bois, les chansons et les souvenirs heureux.
Mais il y avait aussi la pauvreté, les placements d’enfants, les inégalités entre filles et garçons, le poids des conventions sociales et religieuses.
Le spectacle garde ces contradictions.
Regarder en arrière ne sert pas à regretter le passé, mais à mesurer ce qui a changé — et à se demander ce que nous voulons conserver, transformer ou transmettre.
Lors d’une reprise du spectacle en 2023, La Liberté évoque ainsi ce temps de pause, ce « retour en arrière » qui permet de réfléchir au sens de nos vies et aux valeurs que nous souhaitons défendre pour l’avenir.
Une mémoire qui se chante
Les histoires ne sont pas seules.
Un piano accompagne les récits. Des chansons populaires, fribourgeoises ou françaises, traversent le spectacle. Certaines mélodies appartiennent elles aussi à la mémoire des personnes rencontrées.
Une chanson suffit parfois pour qu’un souvenir revienne.
La musique crée ainsi un autre lien entre les générations : des paroles que certains reconnaissent immédiatement et que d’autres découvrent.
Dans la remorque, la distance entre le public et le comédien est minuscule.
Une quarantaine de personnes. Quelques chaises. Des tapis. Un piano. Presque rien.
La Liberté décrit cette forme comme « la plus modeste, la plus primordiale de théâtre : un comédien s’adressant au public ».
Un théâtre qui va trouver son public
Le projet est indissociable de la création d’une scène nomade imaginée avec Justine Prin et Mathias Weidmann de l’Atelier WP.
La remorque doit pouvoir voyager de commune en commune, se déployer rapidement et fonctionner aussi bien ouverte sur une place qu’en petit théâtre fermé.
Ce choix répond d’abord aux contraintes de la pandémie.
Mais il révèle surtout une autre réalité : certaines personnes ne franchissent jamais les portes d’une institution culturelle.
Alors plutôt que de leur demander de venir, le théâtre se déplace.
En 2022, Guillaume Prin explique à La Liberté avoir rencontré grâce à ce dispositif des spectateurs « qui ne seraient pas venus au théâtre », mais qui se reconnaissent dans les histoires racontées.
Le déplacement n’est donc plus seulement géographique.
Il modifie la relation entre le théâtre et son public.

Quand le spectacle continue après le spectacle
Quelque chose d’inattendu se produit au fil des représentations.
À la sortie, les spectateurs restent.
Ils racontent à leur tour.
Une histoire entendue sur scène en réveille une autre. Un souvenir en appelle un autre. Certaines personnes reviennent avec des anecdotes de leur enfance ou de leur famille.
Le spectacle recommence ainsi à produire la matière dont il est né.
Guillaume Prin le résume dans La Liberté :
« L’après-spectacle est tout aussi puissant que le spectacle. »
Écoute Voir Técolle ! devient alors un projet en mouvement permanent : un récit collectif qui peut s’enrichir chaque fois qu’il traverse une nouvelle commune.
Faire œuvre de mémoire
Le projet poursuit sa route après sa première création.
En 2023, il revient à Nuithonie avec de nouveaux récits et voyage notamment dans les écoles et les communes. À La Brillaz, par exemple, la scène mobile est installée pendant une semaine auprès des enfants avant de s’ouvrir au reste de la population.
La Liberté parle alors de récits qui « nous ancrent et nous rappellent d’où nous venons ».
C’est peut-être là que se trouve le cœur d’Écoute Voir Técolle !.
Non pas conserver le passé sous une cloche.
Mais faire circuler la mémoire.
Prendre l’histoire d’une personne, la raconter à une autre, puis regarder ce qu’elle réveille.
Parce qu’une mémoire ne reste vivante que lorsqu’elle continue à être racontée.
« Les histoires individuelles relèvent d’une mémoire collective qui rassemble. »
Presse : Elisabeth Haas, La Liberté, « Guillaume Prin murmure à l’oreille des Fribourgeois », 24 mai 2022 ; « Un théâtre de proximité à l’accent fribourgeois », 13 septembre 2023 ; « En attendant le thé avec Guillaume Prin », 21 septembre 2023.
Sources de vérification : dossier de création Écoute Voir Técolle ! — Mémoires du canton de Fribourg et articles de La Liberté.
Presse · télévision · radio
Dans les médias
Télévision
RTS · 19h30
Écoute voir Técolle, une pièce de théâtre qui met en scène les souvenirs
Radio / podcast
RTS La Première · L’invité du 12h30
Guillaume Prin présente son spectacle itinérant « Écoute voir Técolle »
Radio / podcast
Frapp / RadioFr.
Un spectacle pour raconter les mémoires des Fribourgeois
Presse écrite
La Liberté
Guillaume Prin murmure à l’oreille des Fribourgeois
Presse écrite
La Liberté