La Quatrième Chance

Spectacle · Compagnie AGP

La Quatrième Chance

Création 2008 — Compagnie AGP
Texte : Arthur Pargui
Mise en scène : Arnaud et Guillaume Prin
Avec : Thomas Coumans, Claude Pasquier et Dominique Favre-Bulle
Création au Théâtre Le Bilboquet, Fribourg

Les trois personnages de La Quatrième Chance sur scène
Photo · Peter Greenfield

Trois êtres face à une idée

Après Un Clochard Philosophique, la Compagnie AGP poursuit son exploration des rapports humains avec une pièce plus directement politique.

Dans la cave d’un café, Gaston, puissant homme d’affaires, attend son exécution. Paul, jeune révolutionnaire, est chargé de le tuer. Entre eux s’engage un combat d’idées : richesse, justice, responsabilité, révolte, légitimité de la violence.

Puis Jane entre dans la pièce. Patronne du café et complice du mouvement révolutionnaire, elle devient peut-être la dernière chance de Gaston.

Trois personnages, trois convictions, et une même question : jusqu’où peut-on aller au nom d’une idée que l’on croit juste ?

Un théâtre politique sans réponse toute faite

Avec La Quatrième Chance, la compagnie affirme une conception du théâtre comme acte civique : un lieu où l’on peut interroger la société, ses valeurs, ses institutions et ses contradictions.

La pièce parle de révolte, de démocratie, d’inégalités économiques et de solidarité. Mais elle cherche surtout à éviter un partage trop simple entre les bons et les mauvais.

Paul veut construire un monde plus juste, mais son idéal risque de basculer dans l’intolérance.

Gaston défend le système auquel il doit sa réussite, mais reste un homme confronté à sa propre mort.

Jane, elle, doit choisir.

Aucun des trois ne détient véritablement la réponse. Le spectacle préfère placer le spectateur face au dilemme : que ferions-nous à leur place ?

À quelques jours de la première, La Liberté décrit ainsi Arnaud et Guillaume Prin comme défendant un théâtre « engagé, politique, social ». Les deux metteurs en scène insistent alors sur leur volonté de ne pas moraliser, mais de questionner les valeurs contemporaines.

La révolte et ses limites

Au cœur de La Quatrième Chance se trouve une contradiction.

Une société doit-elle accepter l’injustice au nom de la liberté ? Peut-on combattre une violence sociale par une autre violence ? Que devient une idée généreuse lorsqu’elle commence à décider qui mérite de vivre ou de mourir ?

Le mouvement révolutionnaire imaginé dans la pièce prétend lutter contre la concentration des richesses et l’influence grandissante du pouvoir économique sur les démocraties. Mais en voulant imposer la justice, il invente à son tour ses tribunaux, ses sentences et ses exécutions.

La pièce confronte ainsi l’idéal révolutionnaire à sa propre dérive et interroge la frontière fragile entre engagement et fanatisme, justice et vengeance, conviction et violence.

Scène de La Quatrième Chance
Photo · Peter Greenfield

Dès sa conception, le projet se veut politique, civique et profondément humaniste : un théâtre qui interroge la liberté autant que la responsabilité.

Un polar sur scène

Pour cette deuxième création de la compagnie, la mise en scène s’éloigne du dépouillement d’Un Clochard Philosophique.

Le spectacle plonge les personnages dans une cave poussiéreuse : de grandes étagères encombrées d’objets, un établi, une paillasse, un vieux juke-box et quelques lampes qui découpent l’obscurité.

L’espace devient presque un personnage.

Arnaud et Guillaume Prin revendiquent un univers très cinématographique, proche du polar, où la tension se construit à mesure que le verdict approche.

Après la première, Elisabeth Haas écrit dans La Liberté que les deux metteurs en scène cultivent « une esthétique de polar cinématographique, hyperréaliste et déshumanisante ».

Le décor impose sa présence, tandis que la lumière, la musique et les bruitages participent directement au huis clos. Tout concourt à enfermer les personnages dans un monde dont ils semblent incapables de s’échapper.

Des personnages plutôt que des idées

Malgré son sujet politique, La Quatrième Chance ne cherche pas à transformer ses personnages en simples porte-parole idéologiques.

Paul doute.

Gaston refuse de devenir le monstre que son ravisseur voudrait voir en lui.

Jane aime Paul comme le fils qu’elle n’a jamais eu, mais se retrouve soudain responsable de la vie d’un autre homme.

À mesure que la pièce avance, les certitudes idéologiques se heurtent à la réalité des êtres humains.

Paul et Gaston, que tout devrait opposer, finissent ainsi par se rapprocher devant un destin qui les dépasse.

La critique de La Liberté, publiée sous le titre « L’impuissance de changer le monde », relève précisément cette dimension : les personnages restent suspendus au verdict d’un tribunal invisible au point de ne plus parvenir à prendre eux-mêmes leur destin en main.

C’est là que se trouve peut-être le véritable nœud de la pièce : derrière les systèmes, les convictions et les discours demeurent toujours des individus responsables de leurs choix.

Scène de La Quatrième Chance dans le décor du café
Photo · Peter Greenfield

Une création ambitieuse, jusque dans ses fragilités

La réception de la pièce est contrastée.

La Liberté souligne la force de l’univers visuel, la scénographie et le travail des trois interprètes. La journaliste salue notamment Thomas Coumans, Claude Pasquier et Dominique Favre-Bulle, tout en estimant que le spectacle souffre de certaines longueurs et que la progression dramatique aurait gagné à être resserrée.

Cette lecture critique fait aussi partie de l’histoire du spectacle : La Quatrième Chance est une création ambitieuse, portée par le désir d’affronter frontalement des questions politiques et philosophiques, avec les forces et les risques qu’un tel projet comporte.

Une deuxième étape pour la Compagnie AGP

Créée au Théâtre Le Bilboquet à Fribourg en septembre 2008, La Quatrième Chance est la deuxième mise en scène d’Arnaud et Guillaume Prin après Un Clochard Philosophique.

Avec elle, la Compagnie AGP affirme davantage encore son désir d’un théâtre engagé, politique et social.

Les interrogations présentes dans le premier spectacle s’élargissent : après la solitude d’un homme face au monde viennent la société, le pouvoir, l’argent, la justice et la responsabilité individuelle.

Une ligne artistique commence à se dessiner : raconter des histoires pour mettre les individus face à leurs choix, sans leur fournir la réponse.

« Donneriez-vous votre vie pour une idée ? Accepteriez-vous la mort pour goûter quelques secondes encore à l’humanité ? »

Sources presse : Elisabeth Haas, La Liberté, « Un révolutionnaire face à un financier », 11 septembre 2008 ; « L’impuissance de changer le monde », 19 septembre 2008.

Presse · télévision · radio

Dans les médias

Presse écrite

La Liberté

L’impuissance de changer le monde

Elisabeth Haas · 19 septembre 2008

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Presse écrite

La Gruyère

Pièce politique et humaniste au Bilboquet

11 septembre 2008

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Presse écrite

La Liberté

Un révolutionnaire face à un financier

septembre 2008

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