Spectacle · Compagnie AGP
Je ne fais que passer
Un lieu avant un spectacle
Tout commence par un lieu.
En 2011, le Théâtre populaire romand et L’Heure bleue lancent Arc en Scènes, un projet invitant des artistes à imaginer de petites formes théâtrales hors des salles, à partir du patrimoine régional.
Emilie Blaser et Camille Mermet cherchent un espace susceptible de faire naître une histoire. Lorsqu’elles découvrent le Crématoire de La Chaux-de-Fonds, le lieu s’impose.
Guillaume Prin les rejoint pour concevoir et écrire le spectacle.
Avec son architecture Art nouveau, ses fresques, ses mosaïques et ses portes de cuivre, le crématoire ne sera pas seulement le décor de Je ne fais que passer.
Il sera le point de départ de toute la création.
Parler de la mort pour parler de la vie
Le sujet pourrait sembler sombre.
Il ne l’est pas.
Plutôt que d’interroger la disparition des autres, les trois artistes choisissent de regarder celle qui attend chacun de nous.
Que signifie savoir que notre existence aura une fin ? Que garderions-nous si nous devions partir ? Que laisserions-nous derrière nous ? Et que change la conscience de la mort dans notre manière de vivre ?
Aucune réponse n’est proposée.
Je ne fais que passer préfère approcher cette énigme avec curiosité, humour, poésie et une certaine légèreté.
À la création, Emilie Blaser le résume dans L’Express/L’Impartial : le spectacle ne parle finalement que de la vie.
Trois guides pour un voyage
Deux femmes et un homme semblent revenir hanter les murs du crématoire.
Ils appartiennent à des époques différentes et entraînent le public dans une traversée faite de récits, de musique, de souvenirs et de questions.
Mais progressivement, ce sont les spectateurs eux-mêmes qui deviennent les véritables voyageurs.
À l’entrée, chacun reçoit un numéro.
On se déleste symboliquement de ce qui paraît superflu. On écrit sur un carton ce qui compte réellement. Puis vient le moment de quitter le groupe, de gravir seul les marches du crématoire et de franchir une porte.
Le spectacle transforme ainsi une interrogation abstraite — notre propre disparition — en expérience physique.
Dans Le Courrier, Cécile Dalla Torre remarque que les trois comédiens ne font finalement que guider les pas du public dans une traversée symbolique : celui qui franchit le seuil, c’est le spectateur lui-même.
Un décor auquel ne rien ajouter
La scénographie repose sur un choix radical : ne presque rien construire.
La chapelle du crématoire suffit.
Ses fresques, ses mosaïques, ses parois de cuivre et son architecture deviennent l’espace dramatique. Un piano droit est pratiquement le seul élément ajouté au lieu.
La lumière est tout aussi minimale : quelques ampoules anciennes, déplacées et manipulées directement par les acteurs.
Plutôt que transformer le bâtiment pour les besoins du spectacle, la création cherche à s’effacer devant lui.
Ce parti pris impressionne notamment Jean-Daniel Jeanneret, alors architecte du patrimoine de la Ville. D’abord inquiet que le crématoire ne serve que de décor spectaculaire, il estime après avoir découvert la création que les artistes ont au contraire su se nourrir du lieu pour construire une œuvre qui ne pouvait exister ailleurs.
Dans L’Express/L’Impartial, il conclut :
« Le public est invité au voyage avec naturel et intelligence. C’est un exercice parfaitement réussi. »
Une fable musicale et poétique
La parole n’est qu’une partie du voyage.
Le piano, le violon et le chant accompagnent les spectateurs d’un espace à l’autre et participent au caractère rituel de la représentation.
Le spectacle se construit comme une fable : ni véritable histoire, ni cérémonie, ni concert, mais un peu de tout cela à la fois.
Une heure suspendue quelque part entre le terrestre et l’imaginaire.
Entre ombre et lumière.
Entre ce que nous savons et ce que nous ne saurons probablement jamais.
Une création hors les murs
Je ne fais que passer s’inscrit dans une recherche qui deviendra importante par la suite : faire naître le théâtre à partir d’un lieu plutôt que d’amener un spectacle préexistant dans un lieu.
Le public ne s’assoit pas devant une scène.
Il marche.
Il entre.
Il traverse.
Le bâtiment, les acteurs et les spectateurs partagent le même espace et construisent ensemble l’expérience.
Cette relation très directe avec le public annonce déjà certaines recherches qui reviendront plus tard dans le travail de la compagnie : le théâtre de proximité, les petites jauges, les dispositifs mobiles et la volonté de sortir des cadres habituels de représentation.
Une aventure collective
Je ne fais que passer est aussi une création particulière dans le parcours d’AGP.
Le projet naît avec La Distillerie et se construit collectivement autour d’Emilie Blaser, Camille Mermet et Guillaume Prin. Ce dernier en partage la conception et la mise en scène, en écrit le texte et participe à sa production avec AGP.
La création rencontre son public au Crématoire de La Chaux-de-Fonds en 2012 et sera ensuite reprise. Les archives de la Compagnie AGP font état de vingt représentations jouées à guichet fermé.
La presse accueille particulièrement bien cette proposition.
Dans Le Courrier, Cécile Dalla Torre évoque « une sève délicate porteuse de lumière » et conclut simplement :
« Le voyage en vaut le détour. »
« On laisse quoi ? On prend quoi dans l’au-delà ? »
Presse : Cécile Dalla Torre, Le Courrier, « La faux fait semblant », 14 septembre 2012 ; Antonella Fracasso, L’Express/L’Impartial, « Un périple au crématoire », 8 septembre 2012.
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Dans les médias
Presse écrite
Le Courrier
La faux fait semblant
Affiche
L’affiche du spectacle
